Dans le cadre d’une enquête portant sur une suspicion d’empoisonnement d’animaux après la mort d’un cheval de course, un récipient contenant un mélange de grains de maïs, de boulettes alimentaires et d’une substance apparemment non identifiée avait été placé sous scellés.
La mission consistait à rechercher des pesticides, des herbicides, un régulateur de croissance déterminé, ainsi que toute autre substance susceptible de présenter une toxicité pour les animaux.
L’EXAMEN INITIAL
À l’ouverture du scellé, le mélange dégageait une odeur particulièrement âcre, puissante et suffocante, imposant sa manipulation sous hotte aspirante.
Le tri a permis de distinguer seulement deux fractions :
• des grains de maïs recouverts d’une pellicule d’apparence grasse ;
• des boulettes ovales comparables à des aliments pour animaux.
Cette observation est essentielle : avant toute analyse instrumentale, il faut déterminer précisément ce qui doit être analysé.
POURQUOI SÉPARER LES FRACTIONS ?
Le maïs et les boulettes constituaient deux matrices différentes. Les analyser ensemble aurait dilué les substances éventuellement présentes et rendu leur origine plus difficile à interpréter.
Les deux fractions ont donc été triées puis préparées séparément afin de limiter les interférences et les phénomènes de séparation de phases.
LES ANALYSES MISES EN ŒUVRE
La recherche a associé :
• une méthode ciblée par LC-MS/MS pour deux régulateurs de croissance ;
• un screening multirésidus portant sur plus de 400 pesticides et métabolites ;
• des analyses complémentaires par chromatographie liquide et gazeuse couplées à la spectrométrie de masse.
La préparation des échantillons reposait sur une extraction dérivée de la méthode QuEChERS, suivie d’une purification et de l’emploi d’étalons internes marqués isotopiquement.
LES RÉSULTATS
Quatre substances ont été mises en évidence : du chlorméquat, du phenmédiphame, de l’éthofumésate et du butoxyde de pipéronyle.
Les mêmes composés étaient présents dans les deux fractions, mais à des teneurs généralement plus élevées dans les boulettes.
Pour certaines substances présentes dans le maïs, le signal était suffisamment caractéristique pour permettre leur détection, mais leur concentration demeurait inférieure à la limite permettant une quantification fiable.
Deux herbicides étaient par ailleurs retrouvés dans les boulettes à des concentrations équivalentes. Ce rapport particulier constituait un indice susceptible d’orienter la recherche vers une formulation phytosanitaire déterminée.
CE QUE L’EXPERTISE A PERMIS DE CONCLURE
L’analyse démontrait la présence conjointe de plusieurs substances phytosanitaires et leur répartition inégale entre les deux fractions.
Elle permettait donc de caractériser chimiquement la contamination et d’en rechercher une origine possible.
Elle ne suffisait cependant pas, à elle seule, à démontrer :
• la manière dont les substances avaient été introduites ;
• le caractère intentionnel de la contamination ;
• la dose effectivement ingérée par un animal ;
• l’existence d’un lien de causalité avec une intoxication ou un décès.
En expertise judiciaire, identifier une substance ne signifie pas automatiquement avoir identifié son origine, son auteur ou ses conséquences.
Le rôle de l’expert consiste précisément à relier les résultats au contexte, sans faire dire à l’analyse davantage que ce qu’elle démontre.
L’analyse transforme une trace en information scientifique en rendant « visible » ce qui ne l’était pas ; l’expertise transforme cette information en élément de preuve, l’expert transforme ces résultats en explications, ces explications en conclusions, le magistrat décide et juge.
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