Les utilisateurs d’un mobilier rembourré déclaraient ressentir des irritations cutanées et respiratoires lors de son utilisation. Aucune analyse chimique des matériaux n’ayant été réalisée au cours des premières opérations amiables, nous avons décidé de rechercher d’éventuels composés irritants ou allergisants. Trois matériaux ont été prélevés : la mousse, le rembourrage et le revêtement synthétique.
ANALYSER LES VAPEURS ÉMISES
Les prélèvements ont été regroupés dans un flacon étanche, puis analysés par HS-GC-MS.
La technique dite d’« espace de tête » consiste à chauffer l’échantillon dans un récipient fermé. Les composés volatils libérés dans l’atmosphère du flacon sont séparés par chromatographie gazeuse, puis identifiés par spectrométrie de masse.
Cette méthode permet d’établir le profil qualitatif des substances susceptibles d’être émises par les matériaux.
QUELS COMPOSÉS ONT ÉTÉ IDENTIFIÉS ?
L’analyse a révélé plusieurs familles de composés organiques volatils :
• aldéhydes ;
• alcools ;
• cétones ;
• composés aromatiques ;
• terpènes ;
• acides carboxyliques ;
• composé chloré.
Certaines de ces substances sont odorantes ou irritantes, notamment plusieurs aldéhydes. Certaines présentent également une classification réglementaire de danger : irritation oculaire ou respiratoire, toxicité par inhalation ou contact, effets sur certains organes ou effets chroniques suspectés.
CONCLUSIONS TRANSMISES AU MAGISTRAT
L’expertise a établi la présence de plusieurs composés organiques volatils, dont certains possédaient des propriétés irritantes ou une classification de danger pour la santé.
Le profil chimique était compatible avec la présence de substances odorantes susceptibles de contribuer aux gênes rapportées. Il soulignait également l’importance de la traçabilité des substances employées dans les produits d’ameublement pour évaluer leur impact potentiel sur l’air intérieur.
CE QUE L’ANALYSE NE PERMETTAIT PAS D’AFFIRMER
Les résultats correspondaient à des proportions relatives d’aires chromatographiques, et non à des concentrations absolues dans les matériaux ou l’air respiré.
Pour une question de budget attribué aux analyses et les trois constituants (mousse, rembourrage et revêtement synthétique) ont été analysés ensemble, si bien qu’il a été impossible d’attribuer chaque composé à une partie précise des matériau précis.
Aucune mesure n’avait été réalisée dans l’air intérieur en conditions normales d’utilisation. La dose inhalée, la durée d’exposition et la relation dose-effet demeuraient donc inconnues.
L’analyse démontrait la présence de substances présentant un danger intrinsèque. Elle ne suffisait pas, à elle seule, à établir un risque sanitaire individuel ni une causalité médicale.
À retenir : identifier un composé volatil ne démontre pas qu’il a causé un trouble. Il faut aussi caractériser son émission, sa concentration et l’exposition réelle.
L’analyse transforme une trace en information scientifique en rendant « visible » ce qui ne l’était pas ; l’expertise transforme cette information en élément de preuve, l’expert transforme ces résultats en explications, ces explications en conclusions, le magistrat décide et juge.
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